Interview : Charlotte Blum auteur du livre : Grunge Jeunesse Eternelle

Publié le par sly

C'est l'événement de la rentrée dans le petit monde du Seattle Sound, c'est aussi un événement national : la sortie du livre "Grunge Jeunesse Eternelle" paru le 29 septembre 2021 aux éditions EPA et en simultané le documentaire "Grunge de musique et de rage" par l'auteur et réalisatrice "Charlotte Blum".

Je ne pouvais pas redémarrer le blog sans parler de ce livre

et de ce documentaire, impossible de passer à côté de ce nouveau livre dans notre langue écrit par une femme. Pour cela, Je me suis laissé tenter par l'achat du livre juste en lisant le résumé et en étant captivé par cette phrase "On a beaucoup appris du grunge : la résilience, le partage, la créativité. On a appris les ravages de la drogue et on a pleuré nos morts. On a appris que l'art est à notre portée, toujours près à nous sauver. L'histoire continue de s'écrire".

J'avais lu beaucoup de retours positifs du livre et du documentaire et surtout on me

demandait mon avis. J'ai dévoré le livre, il est super, très beau, très belles mises en pages et jolies photos, le récit et très intéressant, le documentaire est du même calibre. Le documentaire dure un peu moins d'une heure, il est très bien réalisé avec à la fois des images d'archives, de paysage de Seattle et de nombreux témoignages de personnalités comme Megan Jasper, Jack Endino, Charles Peterson, Barrett Martin, et bien d'autres qui sont tous des acteurs majeurs de l'histoire du grunge. Le livre résume parfaitement l'histoire du dernier mouvement rock, des débuts jusqu'à nos jours avec aussi des interviews des différentes personnalités citées ci-dessus. 

J'étais un peu ému, lors de la lecture de certains passages comme le drame de Roskilde ou des fans de Pearl Jam ont perdu la vie ou encore en lisant le récit du film singles qui m'a inspiré pour démarrer ce blog en 2008. C'est que l'auteur est une grande fan de Pearl Jam, on le ressent dans le livre et dans le documentaire avec des images d'Eddie Vedder à ses débuts qui sont très touchantes. On sent que l'auteur et réalisatrice maitrise le sujet et surtout qu'elle porte une immense admiration pour les artistes mais aussi pour tous les acteurs qui gravitent autour, photographes, graphistes,...C'est aussi une invitation à visiter Seattle, moi qui souhaite y aller dans un avenir proche, les images de la ville sont magnifique. On a juste envie de prendre un billet d'avion et allé visiter le MoPop, voir le space Needle ou encore faire des achats chez Easy Street Records. Enfin on y parle beaucoup du fab four bien évidemment, des groupes moins connu et aussi beaucoup des groupes féminins et du mouvement politisé Riot Grrrl. 

Ce témoignage m'enchante car il conclut sur une note ultra positive : les bienfaits de cette musique sur les gens C'est d'ailleurs Barrett Martin qui en parle le mieux dans le documentaire,...Que dire de plus, allez vite lire le livre et voir le documentaire c'est un voyage culturel et une ôde au Seattle Sound. Je vous propose de découvrir l'auteur et réalisatrice Charlotte Blum dans mon interview :

Sly (Seattle Sound) : Pourrais-tu te présenter et nous raconter ton parcours

professionnel ?

Charlotte Blum : Je suis journaliste et réalisatrice de documentaire. J’ai commencé par les fanzines dans les années 90, avant de travailler en maison de disques et dans les médias (presse écrite et télé). J’ai toujours voulu travailler dans la musique.

 

Sly : Quels sont tes différents ouvrages ? tu écris seulement sur la musique ou sur d’autres sujets ? La traduction de PJ20 (biographie de Pearl Jam), ça devait être un énorme travail et à la fois une chance en tant que fan de Pearl Jam, n’est-ce pas ?

Charlotte : J’ai beaucoup écrit sur les séries TV, sujet qui continue à me passionner et sur lequel je travaille régulièrement, notamment à travers le documentaire. J’ai malheureusement beaucoup écrit sur un chanteur que je renie de toute mon âme aujourd’hui, qui est Marilyn Manson. J’ai en effet eu la chance de co-traduire PJ20, un boulot passionnant et stressant. Pearl Jam est mon groupe préféré depuis que j’ai 14 ans, je voulais tout faire parfaitement et je me suis mis beaucoup de pression. Aujourd’hui, c’est un honneur de voir mon nom dans la version française. 

Sly : Comment l’idée d’écrire le livre Grunge Jeunesse Eternelle et de réaliser le documentaire Grunge de musique et de rage sont arrivées et as-tu rencontré des difficultés pour les concrétiser ?

Charlotte : J’ai toujours voulu raconter l’histoire du grunge, mais le parcours a été difficile. D’abord, je suis passée par des années de syndrome de l’impostrice : en quoi j’étais légitime pour écrire sur le sujet ? Qu’est-ce que j’avais à dire qui n’avait pas déjà été raconté par d’autres ? Mais à force de faire des documentaires, j’ai compris que le regard de la réalisatrice et son vécu donnent une forme et un fond au documentaire qui est unique et c’est pareil quand on écrit un livre.

J’ai écrit le dossier de présentation du documentaire il y a plus de 2 ans, mais après le refus de deux diffuseurs et l’arrivée du Covid, j’ai transformé ce projet en livre. Je l’ai proposé à E/P/A car j’aime beaucoup leur catalogue, notamment un livre sur les The Cure écrit par Jeremy Wulc. Ils ont très rapidement été partants et la collaboration avec eux et mon maquettiste, Jean-Baptiste Longuet qui est également super fan de Pearl Jam a été un bonheur. Au moment où nous mettions les dernières finitions au livre, un producteur à qui j’avais proposé mon projet, Thomas Plessis, a trouvé un diffuseur. J’ai donc tout recommencé depuis le début. Les deux projets se sont enchainés sans pause, ça a été des mois et des mois de boulot mais mon amour pour le grunge était plus fort que la fatigue.

 

Sly : Dans ton livre, tu résume en quelque sorte l’histoire du grunge et il y

a clairement une grande place pour le mouvement riot Grrrl et les groupes féminins comme Hole et L7. Est-ce que ces femmes ont été une source d’inspiration ?

Charlotte : Parler des femmes du grunge était ma priorité. J’ai lu énormément d’ouvrages sur le sujet et elles en étaient généralement absentes, mis à part quelques méchancetés à l’encontre de Courtney Love et quelques pages sur des groupes comme L7, Babes in Toyland ou les Riot Grrrls. Personnellement, j’ai grandi et je me suis construite en voyant des femmes comme les musiciennes de L7 dire un grand FUCK OFF à tous ceux qui souhaitaient leur laisser des miettes, et inconsciemment ça m’a donné beaucoup de force.

Sly : Il y a aussi une grande place pour le visuel, la photo, les affiches,…les acteurs de l’ombre qui ont contribués à faire connaitre le grunge. C’était important pour toi de parler de toutes ces personnes ?

Charlotte : J’ai toujours aimé parler des gens des coulisses, ceux que les américains appellent les unsung heroes. Les stars, tout le monde en parlent. Mais les producteurs, les photographes, les graphistes aussi bien les femmes que les hommes, tous passaient régulièrement à la trappe alors que sans eux, il n’y aurait pas eu de mouvement grunge. Il fallait des gens pour enregistrer la musique, pour la défendre, pour la faire connaitre. Avec mon métier de réalisatrice et de journaliste, je suis aussi une de ces personnes de l’ombre et quand je regarde mes collaborateurs travailler, je réalise à quel point le monde ignore le boulot de titan qu’ils abattent pour que quelqu’un brille.

Sly : Comment s’est déroulé le tournage du documentaire ? tu avais une équipe ? tu as rencontré du monde et qui t’a le plus impressionné ?

Charlotte : Tout s’est fait très vite. J’ai eu un mois pour contacter les invité.es, caler les interviews, trouver les lieux de tournage et décider de chaque plan d’illustration pour optimiser le tournage. Je suis partie à Seattle avec Amandine Bailly, ma chef opératrice fétiche avec qui je travaille depuis des années. Nous avons eu 13 jours pour tout faire : tourner 12 interviews et filmer des dizaines de lieux, intérieurs et extérieurs, pour raconter la ville et permettre au public de découvrir la beauté de Seattle. Nous avons pu rencontrer des gens que j’admire depuis des dizaines d’années, notamment Megan Jasper, la boss de Sub Pop qui m’a impressionnée par son calme olympien et Barrett Martin, batteur de Screaming Trees et Mad Season qui nous a fait l’effet d’un grand sage, une sorte de philosophe de la musique. En tant que fan de Pearl Jam, j’ai adoré découvrir les archives de Brad Klausen qui réalise des affiches pour eux depuis 1999.

Sly : Que ce soit le livre ou le documentaire, c’est clairement une invitation à visiter Seattle, je trouve. J’ai l’impression que tu adores cette ville, tu y va souvent ?

Charlotte : J’y suis allée pour la première fois en 2002, depuis elle me hante. J’y vais le plus souvent possible. C’est une ville parfaite, très artistique, avec la mer, la montagne et la forêt mais aussi une ville fourmillante. Et aussi, elle se trouve à 45 minutes en voiture de mon second endroit préféré au monde : la région où a été tournée Twin Peaks.

Sly : Quels sont tes groupes et albums grunge préférés ?

Charlotte : Mon groupe préféré de l’univers est Pearl Jam, depuis 1992. Je pense que mon album préféré est No Code, mais j’écoute désormais surtout des albums Live. J’aime entendre le public. A part Pearl Jam, mes chouchous sont Alice in Chains, Mad Season, L7. J’aime énormément les premiers albums de Hole, l’énergie punk de Mudhoney, l’irrévérence de Babes in Toyland.

Sly : Pourrais-tu nous raconter tes meilleurs souvenirs de concert ?

Charlotte : Un concert de Pearl Jam à Amsterdam en 2012. La set-list était parfaite : Alone, Footsteps, Crown of Thorns, Wash, Animal, Last Exit, Rearviewmirror, Dissident, Hail Hail. J’étais avec ma sœur avec qui je fais tous les concerts possibles de PJ et à chaque morceau on se regardait, stupéfaites. Les gens autour de nous se faisaient des high five ou se prenaient dans les bras sans se connaitre tellement l’ambiance était folle.

Sly : Enfin pour terminer, j’ai remarqué que tu es passé très vite sur le décès de Chris Cornell à la fin du livre. C’est toujours un peu difficile d’aborder sa disparition ?

Charlotte : Je me souviens exactement où j’étais le jour où j’ai appris sa mort. C’était tôt le matin, je bossais au Festival de Cannes, j’étais seule dans l’open-space. Ça m’a détruite. Je pense que tout le monde, tous les grunges, pensaient que c’était fini de pleurer nos morts. Et là, un suicide, alors que Soundgarden avait repris la route, qu’on y croyait toute est tous, c’était trop pour moi. Un collègue est arrivé et m’a vue pleurer comme un bébé. Je ne savais pas comment lui expliquer ma tristesse et mon attachement à Cornell, j’avais peur qu’il ne comprenne pas. Mais il a compris, m’a consolée et ensuite j’ai eu le courage d’appeler ma sœur pour lui apprendre la nouvelle. C’était horrible. A chaque fois que j’y pense, je me retrouve dans des états lamentables. Chris Cornell était le ciment du grunge et de la « bande de Seattle ». Il avait pleuré Andy Wood. Il avait aidé Eddie Vedder à s’intégrer. Il avait essayé de combattre ses démons et on l’a perdu. Ce n’est pas une mort dont on se remet.

Sly (Seattle Sound) : Un immense MERCI à Charlotte Blum d'avoir accepté de répondre à mes questions pour le petit blog Seattle Sound.  

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