L'histoire de Sub Pop

Publié le par sly

Des prémices du rock alternatif à l’explosion du grunge

L’histoire de Sub Pop débute en 1979 avec le lancement à Olympia (USA) par Bruce Pavitt d’un fanzine baptisé Subterranean Pop, un terme qui désigne l’underground au sens large, et qui sera ensuite abrégé en Sub Pop. Comme la mode de l’époque le veut, le fanzine distribue plusieurs compilations cassettes afin d’illustrer l’importance des scènes régionales qui commencent à se structurer dans le pays. En 1986 Pavitt déménage à Seattle et réalise la compilation fondatrice Sub Pop 100, qui propose la crème de l’underground américain : Sonic Youth, Savage Republic, les Wipers, les U-Men et Green River. Mais c’est la rencontre avec Jonathan Poneman, un ex DJ de la radio de l’université de la ville, qui va fonder vraiment le label l’année suivante à l’automne 1987. La même année Sub Pop publie son premier LP mono-artiste, « Dry as a bone » de Green River, groupe emmené par le chanteur Mark Arm, futur Mudhoney, suivi par le premier EP de Soundgarden « Screaming Life » et le deuxième « Fopp » en 1988.

D’esprit farouchement indépendant Pavitt et Poneman vont se consacrer au punk rock, un genre qui prospère alors au sein de la musique alternative aux EU, notamment grâce à ses liens avec la scène hardcore. Le label Alernative Tentacles de Jello Biafra, le leader des Dead Kennedys, fleuron du punk/hardcore californien constitue d’ailleurs un modèle de fonctionnement pour Sub Pop. L’ambition est aussi de créer un univers alternatif identifiable à la façon de Motown ou SST.

L’apparition de Sub Pop dans le paysage musical américain est ainsi avant tout liée à la naissance de ce que les médias ont appelé le mouvement « grunge » dont Nirvana fut le fer de lance. Comme la Nouvelle-Orléans, Memphis, Detroit ou San Francisco avant elle, Seattle devient une ville avec un son distinct. « Nous nous basions sur le précédent établi par Tamla Motown à Detroit ou Stax à Memphis, dont les ingrédients sont l’émergence d’un mouvement issu d’une région en particulier et d’une organisation qui prend le relais, affine et perfectionne le produit. Et tout à coup voilà qu’apparaissent des dizaines de groupes originaires de la même région. Cela attire logiquement l’attention de la presse. C’est réjouissant de savoir qu’il y a un endroit au monde qui bouge, où ça foisonne. L’adolescent d’une petite ville peut se dire qu’il partira un jour pour Seattle afin d’y jouer avec un groupe et de se produire dans un club local » analyse Poneman dès 1989 dans le magazine Pulse. Pour lui le grunge est « une bourrée montagnarde pour yétis » bien identifiable, dont plusieurs reporters britanniques comme Everett True vont s’enticher à l’invitation de Sub Pop lui-même et contribuer à la reconnaissance de ce nouveau son.

Dans les années 89-94, Sub Pop va ainsi produire nombre d’albums comptant parmi les plus influents du rock indépendant des années 90 en surfant sur la vague grunge, avec notamment Tad, The Afghan Whigs, The Screaming Trees. Mais l’album emblématique du label est bien sûr le premier Nirvana, « Bleach » paru en 1989. Le grunge va ensuite vraiment exploser à la face du grand public en 1991 lorsque parait le deuxième mythique opus de Nirvana, « Nevermind », mais le groupe a déjà quitté le label pour Geffen Records. Les autres fers de lance du grunge de l’époque sont Alice in Chains avec le sombre « Dirt », Soundgarden (qui a signé sur A&M Records pour son troisième album « Badmotorfinger ») et surtout Pearl Jam, dont l’album « Ten » sorti également en 1991 chez Epic se vend à plus de 11 millions d’exemplaires dans le monde.

de l’after-grunge à l’éclectisme pop rock

En très peu de temps, une nouvelle identité rock ancrée dans le local se façonne donc à Seattle grâce à Pavitt & Poneman, aux productions de Jack Endino, aux photos de Charles Peterson et aux articles du journaliste anglais Everett True du Melody Maker. Avec le succès phénoménal du style qui fait de Seattle l’épicentre du rock en 1991, le grunge est récupéré par les médias comme MTV et les radios US où Nirvana et Pearl Jam tournent en boucle. Le son Sub Pop a envahi le monde, au point que même les toulousains de Diabologum, fine fleur du rock indépendant français des années 90, déclarent ironiquement vouloir en finir avec les stars du mouvement dans leur titre « Kill Sub Pop stars » en 1993 (« Tuez les stars de Sub Pop ! », où l’on entend des samples de Nirvana et Tad). Mais l’âge d’or va vraiment prendre fin en 1994 avec le suicide de Kurt Cobain le leader de Nirvana. Sub Pop subit alors le déclin d’intérêt médiatique pour le grunge. Mais se repliant sur ses acquis et laissant passer la tempête, le label va ensuite publier au fur et à mesure des années un catalogue éclectique et défricheur entre pop rock et folk, beaucoup moins médiatisé et tapageur qu’auparavant, dont les artistes les plus emblématiques du moment sont The Shins, Wolf Parade et The Postal Service.

Source : http://www.pointsdactu.org/

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