Alice In Chains (Article de Silverbast)

Publié le par Silverbast

Alice In Chains


A l’ombre de Nirvana


Que dire de Alice In Chains, sinon que ce groupe fut l’une des quatre références de ce genre musical porté au succès par Nirvana, suivant son sillage et remportant une reconnaissance aussi méritée que celle de Soundgarden et Pearl Jam ?


AIC a su se démarquer assez tôt et montrer l’étendue de son talent. Le groupe voit le jour en 1987 sous le premier nom de Diamond Lies, puis Alice’N’Chaynz et enfin Alice In Chains à Seattle, berceau du grunge. La formation composée de Jerry Cantrell, guitariste, de Layne Staley, batteur de formation dont le rêve est de devenir chanteur, du bassiste Mike Starr et de son beau-frère batteur Sean Kinney va faire ses dents sur des démos dès 1987. Mais le succès leur sourit en 1990 avec un premier single, We Die Young, et un album certes inégal mais essentiel dans la discographie grunge, Facelift, en 1991. Un an auparavant AIC signe avec Columbia records, label qui les accompagnera jusqu’en 2006.


En 1992 sort un EP baptisé Sap, premiers pas et premières prouesses d’AIC dans la composition électroacoustique. Des invités variés comme Chris Cornell (Soundgarden), Mark Arm ou Ann Wilson (Heart) sont conviés pour chanter sur les titres Am I Inside ou Right Turn. De très bonnes critiques saluent la faculté du groupe de surprendre son public en alternant rock mâtiné de riffs punk couplés avec du heavy metal (au moins au début, avant que le groupe choisisse de s’orienter vers un metal plus alternatif) et des ballades plus calmes et profondes comme sur les EP Sap ou le futur Jar Of Flies. Puis vient le coup de semonce la même année ; l’album Dirt qui remporte un succès presque comparable à Nevermind, sorti un an plus tôt.


Dirt est pour ainsi dire une pierre angulaire du grunge et donne un versant plus mélodique à la musique de AIC, bien que les paroles soient encore plus tourmentées et sombres que Facelift ; Layne y livre sa confession d’être junkie, voyant son monde devenir de plus en plus glauque et morbide. Néanmoins de nombreux titres vont lancer le groupe sur la voie du succès : Dirt, Down In A Hole, Angry Chair Would. L’album est certifié depuis sa sortie du quadruple disque de platine aux E.-U. et du disque d’or en Angleterre. La pochette de l’album, assez explicite et suggestive, est en totale adéquation avec le titre de l’œuvre, soulignant la période de malaise et de dégout d’une génération blasée avant l’heure et désespérée. Mike Starr quitte le groupe et est remplacé par un ex-bassiste d’Ozzy Osborne, Mike Inez.

 

Sentant que l’ambiance générale devient malsaine et devant les problèmes de drogues de Staley, la formation fait un break d’un an et en profite pour se focaliser sur un nouvel EP acoustique dans la lignée de Sap. Jar Of Flies sort en 1994 et est sans conteste le meilleur EP des 4 de Seattle, avec ses tonalités plus chaudes et tranquilles, teintées de renouveau musical. Des violons se font entendre sur Stay Away et Layne est émouvant sur Nutshell, titre sûrement prémonitoire de ce qui va devenir son enfer quotidien. Cantrell et Staley savent qu’il sera difficile de faire mieux que Dirt, mais ils ne s’emploient pas à composer en ce sens !


Fin 1995, sort l’album Alice In Chains, plus connu sous le titre étrange de « Tripod » (à cause du chien sur la jaquette qui n’a que trois pattes et un regard désabusé ; l’essence même du mouvement grunge !). Le son se veut un peu plus boosté à la distorsion sur des titres heavy metal comme Grind ou Again , et bien que se voulant moins lourd et écrasant que son prédécesseur, il comporte cependant des titres noirs et ténébreux ( Frogs et Sludge Factory), une ballade country avec Heaven Besides You et des compos plus bluesy avec Shame On You et Over Now. Assez varié mais moins dynamique et globalement plus « cool » que Dirt, il reste quand même un bon album sympa à écouter. A noter que ce sera malheureusement le dernier enregistré en studio avec Layne Staley.


*Pour la petite histoire, Layne a mené avec Mike McCready (Pearl Jam), John Baker Saunders et Barrett Martin (The Screaming Trees) un projet de supergroupe grunge en 1995, baptisé Mad Season et ayant réalisé un album, Above. Une œuvre à écouter par pure curiosité, qui parlera à certains comme il ne déchainera pas les passions chez d’autres, je vous laisse trancher !


1996 : une date incontournable pour AIC. Le groupe participe au fameux MTV Unplugged 2 ans exactement après Nirvana, et crée l’enchantement de son public. La texture acoustique et l’atmosphère intimiste de la salle offrent un visage moins sinistre au groupe, bien que l’émotion soit de la partie. Layne est là, mais dans quel état ? Il peut à peine marcher normalement, sa voix grave murmure de temps à autres des paroles parfois intraduisibles au public, et il est constamment courbé. Décharné et affaibli par l’héroïne, il fait malgré tout résonner sa voix si puissamment et avec tant de justesse que s’en est beau à pleurer par moments (voir plus loin).


Puis vient le désert. A peine quelques dates de tournée jusqu’en 1997, une dernière réunion afin de sortir 4 singles Lyng Season, Died, Fear The Voices et Get Born Again en 1998/99 et le groupe se sépare temporairement. Cantrell et les autres, ayant réalisés des projets solos, croient encore en l’avenir d’AIC et souhaitent le rétablissement de Staley. Mais le destin du chanteur sera autre…


2002 : le pire était à venir, prévisible mais certain. Layne Thomas Staley s’était depuis 1996 refermé en partie sur lui-même suite à la mort de sa fiancée Demri Lara Parrott la même année, d’une endocardite aigüe. Durant plusieurs années il est resté isolé du reste du monde, attendant dans la plus atroce souffrance la fin. Il se donne le coup de grâce avec un cocktail de cocaïne et d’héroïne fatal le 4 Mai 2002. On ne découvrira son corps que 18 jours plus tard ; il avait 34 ans.


Est-ce la fin d’Alice In Chains ? Tout laissait supposer que oui. Finalement le trio restant prend la décision de se reformer envers et contre tout ; engageant le chanteur-guitariste William DuVall de Come With The Fall en 2005, la nouvelle formation passe 3 années à concocter l’album du grand retour. En 2008 sort Black Gives Way To Blue.. Un peu dubitatif et craignant le même résultat que Queen post-Freddie Mercury, j’achète l’album et dès la première écoute j’accroche ; Alice comes back ! L’ambiance du groupe est toujours aussi présente, la composition est sublime et ne déroge pas aux anciens albums. Tantôt électrique et saturé, tantôt acoustique et mélodique, l’œuvre est placée toutefois sous le signe de la nostalgie et du deuil. Le fantôme de Layne est présent, et 3 titres ( Your Decision, Private Hell et le titre éponyme de l’album( soutenu par Elton John aux claviers, invité parce qu’il était l’un des artistes favoris de Staley) lui rendent le plus beau des hommages. Une page se tourne, une autre s’écrit…

 

Comment définir Alice In Chains au sein du mouvement grunge ?


AIC serait le pendant sombre, désespéré et mélancolique du grunge que Nirvana n’a pas forcément réussi à posséder. De mon propre aveu, je dois reconnaître qu’il m’est apparu lors de certaines écoutes que AIC se montre parfois pessimiste et fataliste (notamment avec l’évocation récurrente de la condition de junkie), en gros très déprimant (mais jamais ennuyeux). Cependant, je m’accorde à penser que les chants les plus morbides et les plus tristes sont les plus beaux, et là le groupe ne nous déçoit vraiment pas !!! Ecoutez donc les sublimes Down In A Hole, Rooster ou Nutshell, et comparez avec des titres comme Dumb, All Apologies et Polly (que j’adore pourtant). Alors, qu’est-ce qui vous fait le plus vibrer ?


Mais Alice In Chains c’est aussi une ambiance portée par une voix merveilleusement bien cadrée avec l’instru, celle de Staley. Layne avait un léger timbre nasillard mais aussi une capacité impressionnante de moduler sa voix des graves vers les aigus, faisant passer des émotions de manière réaliste et juste. Son jeu scénique était vif, spontané et plutôt dans la mouvance metal au début, avant de progressivement se ralentir. Je me souviens de plusieurs vidéos de concerts où on le voit les cheveux bouclés, mi-longs, des lunettes teintés et un perfecto cuir sur lui et forçant moins sur les aigus. Cet allure de poète maudit lui allait comme un gant, mais ce brusque changement s’explique très bien : l’héroïne. Le fardeau de Layne, dont il a maintes fois tenté de se défaire, sans succès. Si vous voulez avoir une idée de l’état dans lequel ça vous plonge en l’espace de 4 ans, regardez les lives de 1992/93 puis le MTV Unplugged de 1996. Layne n’est plus que l’ombre de lui-même, pâle, le visage tendu par la douleur, des lunettes sur les yeux et des dents en moins, d’une part parce qu’il ne supporte plus la lumière des projos, d’autre part parce que l’héroïne vous déglingue en un rien de temps. Et devant le spectacle de ce pauvre garçon qui livre une prestation remarquable dans un pareil état (même Cobain avait l’air de péter la forme à côté), on ne peut qu’imaginer assister à une lente et insupportable agonie.

 

Jerry Cantrell est une clé de voûte ; la mélodie du groupe n’aurait pas ce brin si particulier sans sa présence. Ses accords mineurs incisifs, précis et rageurs soutiennent une rythmique particulière qui repose à la fois sur des breaks metal, avec des percussions et des roulements repris au punk. Mike Inez déploie un jeu au médiator à la basse très convaincant et un son rond et profond de type blues (intro de Would à retenir notamment). Sean Kinney n’est pas synonyme de superflu ; quand la chanson se veut hard, il se met en condition sans broncher, puis quand la mélodie se tempère il montre de sacrés talents d’adaptation. Enfin, le petit dernier William DuVall sait se servir d’une gratte et superpose sa voix puissante et singulière de manière adéquate sur celle de Cantrell, sans chercher à singer Staley (on l’en remercie !).

 

Un dernier mot sur AIC ? Ils sont les porteurs de flambeau du genre grunge et ils nous font revivre, avec Soundgarden et Pearl Jam, les meilleurs moments de 1989-1995.

 

Silverbast, le 11/11/10

Commenter cet article

Cyborg 07 14/11/2010 13:54


Un nouveau venu ! Et un bon récapitulatif de l'histoire d'AIC.


sly 18/11/2010 20:13



hello Cyborg,


oui un nouveau venu, et passionné par la musique d'Alice In Chains,...


bonne fin de semaine


sly