Pearl Jam - Vitalogy (1994) (article de Cyborg)

Publié le par cyborg

« Le suicide de Kurt n'a pas inspiré cet album » Eddie Vedder, à propos de Vitalogy.


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Eddie vedder : chant, guitare

Stone Gossard : guitare

Jeff Ament : basse

Mike McCready : guitare

Dave Abbruzzese : batterie

 

vitalogy

 

1. "Last Exit" - (2:54)

2. "Spin The Black Circle" - (2:47)

3. "Not For You" - (5:52)

4. "Tremor Christ" - (4:12)

5. "Nothingman" - (4:35)

6. "Whipping" - (2:34)

7. "Pry, To" - (1:03)

8. "Corduroy" - (4:37)

9. "Bugs" - (2:44)

10. "Satan's Bed" - (3:30)

11. "Better Man" - (4:28)

12. "Aye Davanita" - (2:57)

13. "Immortality" - (5:28)

14. "Hey Foxymophandlemama, That's Me" - (7:44)


     1994. L'effervescence américaine pour le modern rock en provenance de Seattle s'est transformée en affliction collective, entre effroi et fascination morbide, à l'annonce du suicide de Kurt Cobain, guitariste chanteur du groupe Nirvana et, accessoirement, porte parole involontaire du post-punk métalloïde appelé Grunge.

    Ce tragique événement devient le plus important de l'année, voir de la décennie, pour tout l'univers pop-rock. Les fans éplorés, les teen-agers abreuvés au punk-rock, les paumés sans idoles et la presse rock (dont on ne sait plus si elle parle de musique ou de people) se retournent alors vers l'autre groupe de Seattle, histoire de voir s'il y a moyen de cautériser la plaie, et de transformer le second porte parole de la génération X en méga gourou pour toute la planète rock.

    L'autre groupe, c'est Pearl Jam. L'autre gars, c'est Eddie Vedder qui aura fait perdre un paquet de billets à ceux qui avaient parié sur lui comme le premier à se faire sauter le caisson. Le monde du rock est cruel...

    Seulement voilà, le Vedder ne veut pas porter l'étendard grunge.


    Dominant l'olympe du rock et des ventes d'albums depuis Ten leur premier album multi-platiné (12 millions de pièces vendues), avec un record de ventes pour Vs le second (presqu'un million d'albums vendus en un semaine !), Pearl Jam est un groupe né à Seattle en 1990. Un an après sa création, ces gars-là deviennent les rock-stars du moment, et font la couv du Times, pourtant pas réputé pour sa verve rock. Certains ont vu dans cette ascension éclaire la résultante d'une intention commerciale de poseurs vendus à l'industrie musicale, Kurt Cobain en tête. Une grande partie de l'intelligentsia music press a alors fondu comme des oiseaux de proie sur Pearl Jam et son chanteur, les accusant de tous les maux. « le groupe que tout le monde déteste... » selon Vedder.

    Bizarrement, ces voleurs pseudo alternatifs dont parlent Cobain, Keith Cameron (journaliste au NME) et d'autres, sont en partie à l'origine de l'effervescence qui explose à Seattle avec l'album de Nirvana : Nevermind. Aux insultes de Cobain qui les accuse de profiter de la vague Grunge, Jeff Ament répondra à Rolling Stone mag : « Qui profite du succès de qui ? Si on veut jouer au con, on peut dire que Nirvana a financé son premier disque avec l'argent que Green River a fait gagner à Sub Pop ! »


    Au début des années quatre-vingt, Jeff Ament débarque à Seattle avec son groupe Deranged Diction qui splitte deux plus tard. Puis, en 1984, il rejoint Mark Arm et Steve Turner pour fonder Green River le « premier groupe grunge », avec le batteur Alex Vincent. Un cinquième membre les rejoint à la guitare : Stone Gossard (Ducky Boys). Green River sera, avec les Melvins et, peu à peu, Soundgarden, parmi les premiers groupes à accéder à une très forte popularité locale, dans une région paumée du nord-ouest américain, là où peu de grands groupes internationaux vont. Signature chez le nouveau label inconnu Sup Pop, les concerts de folie s'enchainent jusqu'au split fin 87, pour divergence musicale, et également parce que Stone et Jeff veulent vivre de leur musique, ce que ne comprennent pas Mark et Steve qui, de leur côté, fondent Mudhoney.

    Le temps de Lord of the Wasteland, formé par Jeff et Stone avec Andrew Wood le leader chanteur de Malfunkshun, et voilà que déboule Mother Love Bone, le groupe le plus prometteur de la ville, avec Bruce Fairweather (Green River) à la guitare et Greg Gilmore (Skin Yard) à la batterie. Malheureusement, Andrew Wood, victime d'une overdose la veille de la sortie du premier album, est finalement débranché après un coma irréversible. L'album posthume (Apple) sortira quand même chez Mercury records.

    Après le choc de sa mort, peu à peu Stone se remet à jouer avec Mike McCready, un copain d'enfance. Ils sont rejoints par Jeff Ament. Avec l'aide de Matt Cameron, ex-Skin yard (groupe de Greg Gilmore, batteur de Mother Love Bone) et batteur des prometteurs Soundgarden (autre signature de Sub Pop), ils enregistrent quelques morceaux très 70's, dont Dollar Short, un rif guitare qui tourne en boucle dans la tête de Stone depuis la mort de Wood. A la recherche d'un chanteur, ils envoient la démo un peu partout. L'une d'elles atterrit dans les mains de Jack Irons, batteur des Red Hot Chili Peppers qui la file à un type de San Diego avec qui il a sympathisé : Eddie Vedder.un pompiste-surfeur qui vient de larguer son groupe. Ce dernier enregistre son chant par-dessus la démo, rebaptise les titres (Dollar shot devient Alive) et la renvoie à Seattle. Jeff et Stone le contactent rapidement et Eddie débarque dans la future Mecque du Rock des années 90.

    Chris Cornell, chanteur guitariste chez Soundgarden, et colocataire de Wood, compose des chansons pour lui rendre hommage et invite Stone et Jeff à les jouer avec lui. S'ajoute à l'équipe Matt Cameron, Mike McCready et Eddie Vedder. L'album, et le nom du groupe, s'appelera Temple of the Dog, inspiré d'un texte de Wood.

    Ament, Gossard, Vedder, McCready et Dave Krusen (batterie) s'attelleront alors à l'écriture de ce qui deviendra l'un des premiers albums rock les plus plébiscités de tous les temps : Ten.

    Difficile de comprendre, après ça, les positions de Cobain ou Keith Cameron, au sujet de la légitimité du groupe, de la naissance et l'essence d'un mouvement qui n'existe pas (le grunge) et sur la sincérité des membres de Pearl Jam. Cobain fera son méa culpa plus tard, admettant que Vedder est un chic type, mais que la musique que fait son groupe n'a aucun intérêt.


    Pearl Jam compose et enregistre Vitalogy pendant la tournée de l'album Vs. Les sessions d'enregistrement se font à Atlanta, New Orleans et Seattle (Bad Animals studio) entre novembre 93 et octobre 94. Le producteur est toujours Brendan O'Brien (qui joue de l'orge sur l'album).

    Vitalogy totalise 14 titres et est présenté sous la forme d'un livre en papier recyclé. On y voit des photos, des écrits professoraux et moraux, des textes gribouillés, des symboles, des notes sur l'immortalité et le mythe de Sisyphe... Au départ, Vitalogy est un livre publié au XIXe siècle qui donne des leçons sur le mariage, des conseils aux jeunes filles, qui explique pourquoi la masturbation est condamnable. Vedder est tombé par hasard sur un vieil exemplaire du bouquin, et a proposé d'en reprendre le concept, en y insérant des messages cachés. L'étrangeté de l'ouvrage a marqué l'imaginaire de milliers de jeunes auditeurs et fans de part le monde.

    Mais le succès vient, bien sûr, de la musique. Composée de chansons punk-rock agressives ou mid-tempo, de ballades acoustiques, et de plusieurs morceaux expérimentaux, Vitalogy a tour à tour été qualifié de ratage, de foutoir punk et de chef d'œuvre absolu. De part certaines tensions internes au groupe, des critiques ont émis l'hypothèse d'un manque de compos, de matériel, ce qui explique les passages bizarres qui semblent sortir d'impros, et le dernier morceau avec ses collages. D'autres l'ont élu meilleur disque de l'année. Malgré tout, beaucoup sont tombés d'accord pour dire qu'il s'agit d'un disque moins facile d'accès que les précédents, avec peu de compromis.


    L'ouverture se fait sur des notes sans cohérence, comme un accordage d'orchestre de musique classique, puis débute Last exit, énergique, et poisseux. Suit le single Spin the black circle, punk, speed et hurlé, puis Not for you, basique et cru, au chant tendu et violent. Tremor Christ débute, plus harmonieux malgré un côté noisy dissonant, puis vient la belle balade Nothingman, triste mais rassurante, tant les premiers morceaux sont oppressants. La suite de l'album est du même tonneau, entre tensions, trips hallucinés et moments de grâce, terminant par Hey Foxymophandlemama, That's Me, un délire glauque de 7 minutes, sans queue ni tête, sur lequel on suit une conversation entre un psychiatre et un enfant.

    Il y a malaise, ambiances poisseuses et expérimentations dérangeantes sur cet album. Inutile de préciser que les fans de la première heure ont du mal à y retrouver les élans épiques post hard rock du début.

 

    Durant l'une des sessions d'enregistrement, Eddie Vedder entre dans un magasin de troc et babiole. Il y aperçoit un accordéon en bon état, l'achète et entre en studio avec. Il joue Bugs et y colle des paroles « marrantes » (selon lui). Le groupe l'enregistre et la met sur l'album. La jouant parfois pour des amis, Vedder dira que c'est la meilleure chanson qu'il ait jamais écrite. Humour ou semi-vérité, ces insectes pourraient être apparenté au parasitage médiatique et fanatique qui l'entoure à ce moment. Blood n'est pas loin, Rats non plus (uniquement par rapport aux paroles, bien entendu).

    D'ailleurs, le sujet du poids de la popularité et les affres de rock stadium sont également évoqués dans d'autres titres de l'album, en faisant, directement ou indirectement, le sujet principal. Not for you parle de l'industrie du disque aux U.S.A, de la bureaucratie du dollar business qui exploite la jeunesse jusqu'à l'os. Rien d'étonnant à ce que Pearl Jam laisse les réalisateurs de Hype utiliser une version live de cette chanson (enregistré dans le cadre des concerts de la Selfpollution radio) dans leur film (qui parle du début de ce que l'on a appelé Grunge, du point de vu des groupes locaux, non des maisons de disques).

    "P -r-i-v-a-c-y is priceless to me" voilà ce que répète Eddie en boucle sur Pry to, titre court et fugitif - un fade en ouverture, un fade en fermeture - entre funk et psychédélique. Corduroy, un manifeste du groupe, parle, selon Vedder, d'une personne ayant une relation avec un million de personne, et ça ne peut pas fonctionner dans ces proportions.

    Immortality, chanson phare de l'album, verra ses paroles légèrement transformés par rapport aux premières versions. Certains diront que c'est dû au suicide de Kurt Cobain, même si Eddie Vedder s'en défendra pendant les quelques rares déclarations : « Le suicide de Kurt n'a pas inspiré cet album ». Probable, mais la boîte à cigare de la chanson, trainant sur le sol, fait penser à celle qui se trouvait dans la pièce dans laquelle à été trouvé le corps. Le groupe expliquant peu, voir pas du tout, ses chansons, chacun interprétera. Mais dans Last exit, les paroles sont troubles même si le morceau est antérieur au décès : le refrain parle de l'abandon, du repos de quelqu'un qui laisse le soleil brûler son corps pendant 3 jours (Cobain a été trouvé 3 jour après son passage à l'acte). « J'ai vu ce qui lui est arrivé. Je l'ai ressenti. Moi, la machine ne me dévorera pas. » raconte le chanteur à propos de son rival lors d'une interview quelques mois avant la sortie de Vitalogy. On imagine sans mal qu'il a travaillé ses paroles dans ce sens. La version finale de Last exit semble avoir été enregistrée durant la seconde session studio fin 94...

    Satan's Bed tourne également autour du star business. Vrai ou faux, sur le livret est écrit le nom de la chanson pour les radios : Santa's bed (le lit du père Noël). Il est assez surprenant de constater que c'est Jimmy Shoaf - tech drums de son état - qui joue la partie batterie sur Satan's Bed, Dave Abbruzzese étant hospitalisé au moment de la prise. Il est crédité sous le nom de Jimmy.

    Better man a une histoire particulière dans l'album. Tout d'abord, écrite entièrement par Vedder vers la fin du lycée, elle est joué avec Bad radio, son premier groupe (fusion/rock skate-core). Pour ceux qui veulent chercher, on peut trouver sur le net des versions de cette époque (un peu balourd à mon goût). La chanson pourrait parler de sa mère, selon quelques propos du chanteur, et des rapports conflictuels avec le beau père de Vedder (qui ne le portait pas vraiment dans son cœur). Détail amusant, Better man devait se trouver sur Vs leur précédent album, mais lorsque Brendan O'Brien a le malheur de dire que cette chanson est un tube en puissance, Vedder la retire de la tracklist. Elle sera un tube avec un an de décalage.

    Spin the black circle, premier single de l'album, parle de l'amour qu'ont les musiciens du groupe pour le vinyle. Les textes assimilant cet amour à une drogue (« See this needle...a see my hand... Drop, drop, dropping it down...oh, so gently...), et la furie punk sur laquelle le morceau est joué et scandé, font que beaucoup de radios boycotteront le titre, lui préférant la face B : Tremor Christ, plus calme, mais néanmoins assez oppressant à cause de certaines dissonances et du texte aux images opaques et glauque. La chanson se termine par des résolutions plutôt déprimantes : « I'll decide (to) Take the dive, (to) take my time, not my life, wait for signs, believe in lies... »

    Reste Whipping, aux textes militants retranscrit dans le livret sur une pétition dénonçant le meurtre, par des intégristes catholiques, du docteur David L. Gunn qui pratiquait l'avortement, Aye Divinita, rappelant les écarts mystiques des Beattles, Nothingman balade en ternaire dépouillée et magnifique (Vedder, au sujet de cette valse : « si tu aimes quelqu'un qui t'aime, ne fous pas tout en l'air, quelles qu'en soient les raisons... parce que tu resteras avec moins que rien ».), et Hey Foxymophandlemama, That's Me qui clôt l'album. On y suit une étrange conversation, ponctué de boucles et d'effets, entre un spécialiste psy et un ado (probablement son patient). Le sujet tourne autour du suicide, probabilité évoqué par l'enfant. La bande son vient d'un reportage au sein d'un asile psychiatrique. La musique, elle, est une improvisation sur laquelle joue, Jack Irons pour la première fois. Entre larsens, rythmiques changeantes et effets noise, le morceau, qui se clôt par des notes mourantes, laisse une impression dérangeante. L'un des titres envisagés pour cet album était Life, en rapport avec la science de la vie du livre original. Étonnant quand on lit que beaucoup de critiques y ont vu le désespoir et l'idée de mort. A croire que ces gars de Seattle ont le sens de l'humour. Whipping semblerait provenir des dernières sessions de Vs (avec Hard to imagine qu'on retrouvera sur la BO de Chicago Cab et sur Lost Dogs). Tremor Christ et Nothingman, avec, semble-t-il, Not for you, sont enregistrés fin 93. Tremor Christ, Last exit, Better man et Whipping sont joués sur scène dès la fin 93, avec en prime une chanson appelée Treat me like the devil qui pourrait être les débuts de Satan's bed. Courant mars 94, le groupe joue en concert Spin the black circle, Not for you, Corduroy et Nothingman. Seul Immortality est jouée après la mort de Cobain, mais seulement quelques jours après ! Mise à part Foxymophandlemama, That's Me et la dernière version d'Immortality, (et possiblement pry to, Aye davanita) tous les autres morceaux étaient donc déjà écrits avant la mort du dieu du grunge; de quoi écorner la légende exagérée au sujet de la relation exclusive Vitalogy/Cobain.

    Si l'album est sombre et si tendu, les raisons sont externes (Mort de Cobain (à relativiser, donc), la déferlante médiatique, les vautours du Show biz - les paroles parlent d'elles-même comme on l'a vu plus haut), mais également internes au groupe, avec les problèmes existentiels du chanteur, mais également les rapports entre les membres.

 

    Le remplacement d’Abbruzzese par Jack Irons, un vieil ami du groupe (et de surtout de Vedder) en court d'année, est révélateur des tensions qui existent à l'époque au sein même de Pearl Jam. Un matin d'Août, Gossard vire Abbruzzese en lui parlant de divergence politiques et d'objectifs. La chose se fait assez rapidement (le batteur n'a pas vraiment le choix), mais cela fait un moment que des frictions apparaissent, surtout entre Dave Abbruzzese et Eddie Vedder. Pour rappel, le légendaire petit son aigu, à la fin de Rearviewmirror sur l'album Vs, c'est Abbruzzese qui, excédé par le groupe (et Vedder) balance de rage ses baguettes. Brendan O'Brien a tout de même gardé la prise. Glorified G (toujours sur Vs) était déjà l'occasion de confrontation entre les deux hommes, car cette chanson parle de la glorification des armes aux U.S.A, du fait de se sentir stupidement virile avec un flingue. Vedder a écrit les paroles quand il a appris qu'Abbruzzese possédait deux armes à feu chez lui : « Got a gun. 'n fact I got two. That's OK, man, 'cos I love god... » L'après Ten n'est pas envisagé de la même façon. Abbruzzese aime recevoir des récompenses pour son travail, être en haut de l'affiche, et ne voit pas pourquoi il devrait vivre comme un pouilleux alors qu'il est riche maintenant. Eddie Vedder, lui, est étouffé par les médias, s'enlise dans une drôle de paranoïa et, à grand renfort d'idéal punk, culpabilise d'être péter de thunes. Il veut imposer à son groupe une façon de se protéger qui n'intéresse pas le batteur.

    De plus, conscient que sans promo et sans soutien, le groupe va se casser la gueule, Abbruzzese n'est pas d'accord avec l'idée de Gossard and co de boycotter Ticketmaster, le premier organisateur de concerts aux U.S.A. En effet, Pearl Jam refuse les tarifs pratiqués par la firme et devient partie civile dans un procès (pour monopole) contre le géant américain. Ticketmaster gagnera le procès. La fin de tournée pour Vs, puis celle de Vitalogy ( autogérée) sera assez chaotique et n'arrivera pas à terme, donnant raison à Abbruzzese.

    Et puis, contrairement aux années passées, le leadership du groupe a changé de tête. Au départ mené par la paire Ament/Gossard, durant la gestation de Vitalogy, le groupe devient peu à peu le groupe d'Eddie Vedder, qui décrète le black-out total du monde extérieur et des médias (Jamais des morceaux comme Bugs ou Hey Foxymophandlemama, That's Me n'auraient figuré sur un album de Pearl Jam avant ce changement de direction). Dave Abbruzzese n'est pas à l'aise avec cette rigueur obsessionnelle imposée, même si la vie est dure pour le chanteur.

     « Il y avait une différence de philosophie avec Dave, précise Kelly Curtis, le manager du groupe. Sur les vues politiques, le droit à l’avortement, le port des armes, ce genre de choses... ».

     Brendan O'brien, ami du groupe depuis Ten (mixage du single Jeremy) dit en parlant des sessions de Vitalogy : « l'ambiance était un peu tendue, et encore, je reste poli. » Alors que Stone Gossard émet la possibilité de quitter Pearl Jam, Ament espère un temps sans le groupe pour pouvoir souffler. Vedder commence à parler de la fin de Pearl Jam juste après le suicide de Cobain, Mike McCready entre en cure de désintox (alcool) après l'enregistrement (où il rencontrera John Baker Saunders avec qui il formera Mad Season)... Il y a durant cette période quelque chose de pourri au royaume des dieux du grunge.

    Exception faite des deux dates acoustiques du Bridge school Benefit (événement caritatif créé par Neil Young) au Canada, Pearl Jam ne fera aucun concert en 94 après le mois d'Avril, de quoi alimenter les rumeurs de fin du groupe et autres bruits de couloirs de la presse rock.


    Tout ceci nous ramène à la fin de l'année 1994. Toujours sous contrat avec Epic, Pearl Jam sort son 3èm album intitulé Vitalogy en... vinyle ! Les charts américains voient donc apparaître dans leurs colonnes un grand disque noir en vinyle, ce qui n'était pas arrivé depuis des années. Deux semaines plus tard, le 06 décembre 1994, l'album sort en CD et devient n°1 d'office, devenant le second record de vente US (plus de 850 000) en une semaine après... Vs ! Pourtant, le groupe ne fait plus de vidéo depuis un an et demi, et ne donne pratiquement plus d'interviews depuis un an. Un réel mystère pour l'industrie du disque, qui déjà n'avait rien compris avec Nevermind.

    Vitalogy restera numéro un pendant quelques semaines et vendra ses 5 millions de copies. Avec cet album, le groupe a gagné une respectabilité et une aura qui le place au panthéon des groupes rock aux U.S.A, et pour longtemps. S'ils ont voulu calmer le jeu et ralentir le cirque autour d'eux, avec des chutes de ventes pour les albums suivants, si, à cause de leur engagement contre Ticketmaster, ils ont joué dans des parcs, des champs et, pour finir, annuler les tournées, c'est pour pouvoir continuer à pratiquer leur rock à fort volume, et pendant longtemps.

    Certains journalistes de l'époque les ont accusés de vouloir sabrer leur carrière par tous les moyens : ne pas faire de vidéos ou d'interviews, interdire aux professionnels les photos de près pendant les concerts, jouer sous un faux nom dans certains clubs. Etc... Même Vitalogy recèle une logique de confrontation avec l'extérieur : pas de nom de groupe sur la jaquette, un format qui a emmerdé tous les marchands de CD de part le monde, un univers crypté qui se poursuivra sur No code (rien que le titre !), fantastique album moins nauséabond, moins fascinant, mais incroyable malgré tout.

    Pourtant, Sony Europe parlera de l'album, et ira jusqu'à réaliser un petit spot d'animation pour la sortie. La distribution du CD à la presse mondiale sera respectée sans que le groupe interfère. Et la maison de disque fera son boulot, avec certaines contraintes. Et puis, pour saborder une carrière, il existe des solutions : tout arrêter et ne jamais sortir Vitalogy.

 

    L'idée n'était pas de saboter quoi que ce soit, de perdre pied avec le monde réel, mais de se mettre un peu au vert, de refuser le rôle de porte-parole, pour pouvoir continuer leur carrière et pondre des albums, ce qu'ils font encore aujourd'hui. Qu'il s'agisse d'un acte de résistance, d'un calcul marketing ou d'une lubie de rock stars, le résultat est là : Pearl Jam is still alive !

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Simon Savard 02/07/2010 19:13


Superbe texte, bravo! Cet album restera selon moi le meilleur album du groupe. Je me rappelle que la veille de la sortie, le bar ou je me tenais à l'époque en avait eu une copie et en revenait pas
de voir comment Pearl Jam avait changé. J'avais fait la ligne à minuit devant le magasin de musique qui avait ouvert les portes en plein milieu de la nuit pour cette sortie. Le bon temps! :)


sly 04/07/2010 23:11



Salut, simon,


oui superbe article de cyborg,...Comme je le propose, si cela vous tente, vous pouvés, vous aussi écrire un article sur ce blog,...Partagé, vos connaissance avec d'autres amatteurs du bon son de
Seattle...Vitalogy, c'est le bon vieux temps comme tu le dit,...Mais le bon vieux temp, on aime savoir qu'il respire encore quelque part, comme sur ce blog;..


bye, sly


 



Cyborg 07 15/06/2010 11:02


Cool ! T'as fait du bon boulot. Au fait, tu n'as jamais parlé du groupe The Posies.


sly 04/07/2010 23:07



Mais de rien, c'est toi qui a fait du bon boulot,...The Posies, j'y penserai,...y'a tellement a dire,...on verra